L’effet papillon n’explique pas l’approche systémique interactionnelle et stratégique

Effet papillon et approche systémique de palo alto - Olivier Millet - Interaction et changement.

Changement dans le système ou changement du système? 

« Dans un système, dès qu’un élément bouge, tout le système bouge. » J’entends souvent cette phrase pour expliquer l’approche systémique. Elle est séduisante. Mais elle confond deux choses : un changement dans le système et un changement du système.

Prenons une cadre qui ne supporte plus le fonctionnement très centralisé de son organisation. Elle réclame davantage d’autonomie. Son directeur reprend le contrôle. Elle insiste. Il contrôle davantage.

Elle a un problème avec cette situation. Lui, pas nécessairement.

Nous pouvons accompagner cette cadre à interrompre certaines tentatives de solution, expérimenter d’autres interactions et retrouver des marges de manœuvre. Elle peut même décider de partir. Son problème sera alors résolu.

Une autre personne prendra sa place et, quelques mois plus tard, les mêmes séquences pourront réapparaître. Les éléments auront changé.

Les redondances interactionnelles, elles, pourront rester remarquablement stables. Il y aura eu changement dans le système, sans véritable changement du système.

Un autre exemple de situation

Prenons maintenant une situation très différente : le Covid. Dans de nombreuses organisations, la présence physique constituait une règle implicite du travail. On pouvait discuter du télétravail, l’expérimenter à la marge, parfois même le réclamer pendant des années sans modifier véritablement cette régulation.

Puis une contrainte extérieure a brutalement rendu cette règle inapplicable. Il a fallu faire autrement. De nouvelles modalités de coordination, de contrôle, de confiance et de circulation de l’information ont émergé.

Cette fois, ce ne sont pas seulement les éléments du système qui ont bougé. Certaines règles du jeu ont dû évoluer pour que le système puisse continuer à fonctionner. Et lorsque la contrainte s’est relâchée, certaines organisations ont conservé ces nouvelles régulations, d’autres sont revenues vers les anciennes, d’autres encore ont inventé des formes hybrides.

Voilà, à mes yeux, une distinction essentielle de l’approche interactionnelle et stratégique de Palo Alto.

Impact majeur des redondances interactionnelles

Un système ne se caractérise pas seulement par les éléments qui le composent. Sa stabilité tient aussi aux redondances interactionnelles implicites qui se rejouent dans la banalité de son fonctionnement quotidien. Faire bouger un élément ne suffit donc pas nécessairement à faire évoluer ces redondances. Pour provoquer un changement systémique, quelque chose doit affecter la manière même dont le système se régule. Cela peut venir d’un ou plusieurs acteurs dont la position dans les interactions permet de faire émerger de nouvelles règles du jeu. Cela peut aussi venir d’une contrainte du contexte suffisamment forte pour rendre les régulations habituelles inopérantes.

Le système doit alors trouver d’autres manières de se réguler pour continuer à fonctionner. Sinon, à terme, il ne peut plus se maintenir.

C’est pourquoi, dans nos interventions, la question n’est pas seulement : « Que faut-il faire bouger ? » Mais plutôt :

  • Qui a un problème avec quoi ?
  • Comment ce problème se maintient-il dans les interactions ?
  • Quelles redondances organisent le fonctionnement quotidien ?
  • Qui est mobilisable ?
  • Et ce que nous faisons bouger est-il susceptible de modifier les règles de régulation ?

La cadre peut partir sans que l’organisation change.

Le Covid peut survenir sans que personne n’ait demandé de changement et contraindre pourtant une organisation à inventer de nouvelles règles.

Ce n’est donc pas parce qu’un élément bouge que le système change. Ce qui compte, c’est de savoir si ce mouvement affecte la manière dont le système se régule.

N’hésitez pas à me rejoindre sur Linkedin pour échanger sur cet article et sur l’approche. Je vous propose aussi de vous inscrire à ma newsletter pour recevoir les prochaines invitations (inscrivez-vous ici, lien en tout bas de page).

Olivier